Etes vous calés en Histoire de l’alimentation ?

Publié le 28/05/2011 dans Les Dérivés par Soph Gourmetise - 1 Commentaire

Personnellement, je ne le suis pas, mais tente de m’améliorer. Il y a un an, je me suis rendue à une conférence sur l’évolution des arts de la table du Moyen Age à nos jours (lire l’article).Depuis, je suis beaucoup plus à l’écoute et tente de perfectionner mon niveau.

Et j’ai trouvé un excellent moyen grâce à Michèle Barrière. Historienne de l’alimentation, Michelle a pour leitmotiv de partager ses connaissances au grand public, et ce de manière la plus accessible possible. Elle est a eu l’idée maligne de rédiger des romans autour de l’histoire de l’alimentation sous couvert d’un polar.

Pour avoir lu Meurtre au Potager du roi, qui se passe durant le règne de Louis XIV, je peux vous garantir que le ton est léger, pas prise de tête du tout. Le roman se lit très facilement et Michelle parvient avec perfection à parsemer ses connaissances.

Je n’ai pas pu m’empécher de la rencontrer pour qu’elle m’en dise un peu plus et surtout pour que vous fassiez plus connaissance avec elle et ses approches pour nous instruire avec délice.

Vous devez être sollicitée de toute part avec la cuisine qui est très à la mode ?
Non pas forcément. Un peu autour des livres pour intervenir dans des classes mais l’Histoire de la cuisine n’est pas encore perçue comme un sujet très intéressant. 

Vous avez été approchée par Top Chef pour les accompagner sur le menu 17ème siècle. Racontez-nous.
C’était courageux de leur part, car ce n’est pas un thème évident. Je leur ai amené la recette telle qu’elle était écrite dans les livres d’époque. J’ai été vigilante sur la disponibilité des ingrédients. J’avais été interviewée, mais par manque de temps pour l’émission ça n’a pas été diffusé.

photo : site internet M6

Parlez nous tout d’abord de votre seconde activité pour transmettre votre culture de l’Histoire de l’alimentation ?
J’organise des week-ends dans ma maison à la campagne. Le concept est de cuisiner des plats de nos ancêtres et naturellement j’explique le contexte, la vie à cette époque… A chaque repas, sa période, Moyen Age puis Renaissance puis 17ème /18ème siècle ce qui permet d’avoir l’évolution des goûts
Les participants ont, par exemple, la possibilité de réaliser l’ancêtre de la Sangria, de la crème brûlée à l’orange (18ème siècle). Les stagiaires sont ravis et heureux de découvrir des recettes actuelles qui, pourtant existaient il y a de nombreux siècles auparavant. Ils sont surpris des saveurs excellentes et différentes de notre époque.

Et vous avez d’autres projets ?
Très bientôt je vais proposer de me rendre directement chez les gens

Abordons le sujet des romans. Comment vous est venue l’idée de rédiger des romans historiques autour de la cuisine ?
L’histoire de la cuisine, des cuisiniers, des produits est tellement passionnante que le roman était un excellent moyen de toucher un large public.

A-t-il été compliqué de trouver un éditeur ?
J’ai trouvé tout de suite un éditeur, car mes romans sont dans un genre très particulier qui plait énormément. Mon premier roman a été publié en 2006, et 5 autres ont suivi.

     

     

Expliquez nous le fil conducteur de vos romans.
C’est une saga familiale qui commence en 1393. Actuellement, la saga se poursuit jusqu’en 1750, mais chaque roman est indépendant de l’autre. Et en ce moment, j’ai une autre série en cours pour lequel je compte traiter un siècle particulier, antérieure à 1750. J’en écrirai un fin 19eme siècle pour la naissance des palaces, mais je n’écrirai pas sur le 20ème siècle, tout le monde le connaît.
Enfin, tous mes romans se passent au minimum dans 2 pays européens, car la cuisine est éminemment européenne (Italie, Angleterre, Hollande, Espagne) avec des influences plus lointaines et ce serait ridicule de la traiter sur un plan uniquement français. 

Comment vous faites-vous connaître ?
Beaucoup par le bouche à oreille et avec le passage en format poche, le cercle des lecteurs s’agrandit. Mes livres sont vendus partout, Fnac, dans les gares.

Pour écrire vos romans, j’imagine que vous aviez déjà la documentation ?
Pas du tout. Chaque roman demande une année de travail et 6 mois de recherches. Ecrire un tel projet représente un travail considérable. Par exemple, j’ai écris un roman sur un cuisinier du 16ème siècle, Bartolomeo Scappi, qui a écrit un recueil de plus de 1000 recettes en Italie et qui n’a jamais été traduit en français. A partir de ce moment, la tâche est rude, il faut traduire l’italien, mais en plus daté du 16ème siècle… Ce n’est pas un sujet qui est totalement défriché. Il existe des périodes totalement vierges, les chercheurs ne s’y sont pas encore penchés, car c’est une discipline qui est encore trop jeune, une trentaine d’années… Avant l’Histoire de l’Alimentation n’intéressait personne. Alors qu’en Histoire, les sujets « politique » et autres étaient étudiés, mais pas forcément ceux qui sont considérés comme « vulgaires », comme la cuisine par exemple.

Alors où vous rendez-vous pour aller à la source ?
Je travaille sur les sources primaires, les livres de cuisine du 14ème, du 17ème siècle… A la Bibliothèque Nationale, numérisées ou pas et de nombreuses autres bibliothèques à l’étranger.

Et vous arrivez facilement à déchiffrer les textes de ces époques ?
Pour les livres du 17ème, 18ème siècle, c’est très facile, à part quelques légers problèmes d’impression, de lettres imprimées différemment, c’est le français actuel. Pour le 14ème siècle c’est une toute autre affaire, c’est plus compliqué.

Qui sont vos lecteurs ?
Mes lecteurs sont plutôt âgés et féminines. En effet, les hommes lisent moins que les femmes, et  elles peuvent vraiment s’adonner à la lecture quand les enfants ont été vraiment élevés.
Mais en réalité, mes livres s’adressent à tout le monde. Mes lecteurs arrivent à mes romans d’abord par attrait de l’histoire puis la cuisine et enfin le polar, même si mes romans sont plus de l’aventure que du polar. Les lecteurs peuvent rentrer dans mes romans par l’intérêt pour la cuisine, mais l’inverse est plus délicat.

Est-ce que vous trouvez que le grand public se penche un peu plus sur l’histoire de l’alimentation ?
Mes lecteurs sont ravis que je leur transmette des informations, que je leur donne des clés, que je revienne sur des idées reçues. Mais je ne sens pas, dans la société actuelle, un grand mouvement vers cet effort de recherche. On a plutôt tendance à aller vers la facilité. Le passé est perçu comme une période poussiéreuse, au Moyen Age, on pense qu’on mangeait comme des bêtes. Les idées sont bien présentes et je ne vois pas pourquoi les gens s’intéresseraient à un sujet qui leur semble totalement inconnu.

Et alors, pourquoi les gens ne s’intéressent pas à l’Histoire et à l’alimentation ?
A Paris, je me rends chez les petits commerçants, le plus gros commerçant reste Monoprix. A la campagne on n’a pas le choix, ce sont les hypermarchés. Il n’y a qu’en ville qu’on bénéficie de cette chance inouïe de ne pas avoir à pousser son Caddie. Et la majorité du discours autour de l’alimentation est diffusé dans la grande distribution.

Et vous, pour quelles raisons, vous êtes-vous intéressée à l’histoire de l’alimentation ?
Dans les années 70, pendant mes études d’Histoire, Jean-Louis Flandrin – décédé depuis – a créé la discipline à l’Université de Recherche sur la cuisine, dans les années 70. Au travers de cette discipline, je trouvais de pouvoir faire des recherches de recettes de cuisine et de se les approprier. J’ai abandonné l’Histoire après ma licence et ma maîtrise, je n’ai pas rédigé de thèses, je ne suis pas universitaire. En revanche, l’Histoire m’a toujours accompagnée. Quand on est Historien, on le reste.
Ma passion sur ce sujet est vraiment liée à ma passion pour l’Histoire plus que pour la cuisine. Il y a une dizaine d’année je suis retournée aux séminaires de Jean-Louis Flandrin et j’ai travaillé avec Arte sur une série qui s’appelait « L’Histoire en Cuisine » qui a très bien fonctionné (diffusé en 2005). Mais l’univers de la télévision n’étant pas vraiment le mien, je me suis dis que la meilleure manière pour transmettre ma passion de l’Histoire de l’Alimentation était d’écrire des romans.

Existe-t-il beaucoup d’Historiens de l’Alimentation ?
Il doit bien y en avoir plusieurs centaines en Europe et en France plusieurs dizaines, je pense. Jean-Louis Flandrin a donné une méthode et par la suite les personnes intéressées ont emboité le pas.

Pouvez-nous décrire très rapidement l’alimentation au fil des époques ?
Au Moyen Age, tout le monde mangeait de la même manière qu’on soit en Allemagne, en Angleterre, en France, c’était World Food. Puis, très schématiquement au 15ème, 16ème siècle, l’Italie a prit la main et la France à partir du 17ème siècle.

A titre personnel, quelle période préférez-vous ?
J’aime beaucoup le 16ème siècle pour la cuisine qui est très sucrée/salée, pleine d’épices et puis aussi pour le siècle des Humanistes, avec Erasme, Rabelais. C’est un siècle de découvertes, un siècle puissant. Et drôle. Les gens avaient une curiosité, tout était possible.

Informations complémentaires :

Week-ends : Rendez-vous sur le site internet de Michèle Barrière. Comptez 200 € (nourris, logés). 6 personnes maximum. A 1h15 de Paris.

Livres : rendez-vous à la Fnac et chez tous les bons libraires. N’hésitez pas à passer commande sinon.

(Photos : site internet de Michèle Barrière)

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1 Commentaire

  1. Tiuscha

    je suis assez fan des ces romans et des recettes qui y figurent, j’en ai déjà publié une ou 2 sur le blog d’ailleurs..
    En revanche, je ne suis pas d’accord avec elle ; en campagne (pas partout certes), on a la chance d’être en contact direct avec les producteurs par exemple… Il y a un fossé entre histoire et sociologie de l’alimentation…

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